Arrêtons de théoriser, peignons

Contrairement à l'intellectuel pour lequel la question à souvent plus d'importance que la réponse, le peintre, lui, accorde son intérêt à l'acte de peindre, la réponse c'est la toile.

Voilà le sens des propos de Picasso : " je ne cherche pas, je trouve ".

A quoi bon perdre son temps en questions préalables inutiles au sujet de la toile
qui est en train de naître sous nos pinceaux, peignons.

« On comprendra un jour que Raphaël et Vermeer avaient déjà tout découvert en peinture. C'est pourquoi au lieu de persister fastidieusement à théoriser, pour tenter de redécouvrir la peinture... Peignons! »

[ Avant-propos du catalogue de l'exposition à la galerie Bignou, 1945 ]
(Salvador Dali)

Le contraire donc de certains artistes peintres contemporains, les masturbés mentaux de la création plastique d'aujourd'hui, perdus dans les méandres de leurs questionnements abscons, à la recherche d'une originalité qu'ils pensent être synonyme de talent.

Seul le talent est original, pas le contraire.

« C'est ce que je trouve qui me dit ce que je cherche. (P.Soulages) »

 

jeudi 17 février 2011 11:16


La peinture de la réalité

Ce n'est pas à proprement parlé un coup de gueule, mais plutôt une réflexion sur le devenir d'une certaine forme de peinture que je pratique : « la peinture de la réalité.»


C'est cette peinture qui tend à se rapprocher le plus possible, par une technique irréprochable dans le rendu, de la réalité.


Tous ceux qui s'intéressent à l'art contemporain auront pu remarquer le retour en force de cette peinture.
Peut-être ce retour résulte-t-il d'une lassitude de nos contemporains pour un art de plus en plus incompréhensible pour la plupart d'entre nous, étant entendu que dans ce         « d'entre nous » j'exclu l'élite intellectuo-artistico-politico-journalistique, qui elle, s'en gargarise tous les matins dans les médias.


Cela ne me paraît pas en être la raison essentielle, il ne faudrait pas oublier les créateurs eux-mêmes. Je pense à un Cadiou, un Poirier, un Gilou, et bien d'autres qui depuis des décennies luttent de toute la force de leur art pour que cette forme d'artisanat perdure.

Quand je parle d'artisanat c'est volontaire car ce terme sous-entend savoir, pratique, métier, compétences, héritage, enfin tout ce qu'il y a de plus noble dans le métier d'artisan, et que l'on ne trouve pas toujours, loin s'en faut, chez certains peintres contemporains.

Je fais miens les mots que m'avait dits un jour Jean Marais alors que je lui avait donné du « Maître »:
« Je suis un artisan-peintre .»


Ce qui fait l'objet de ma réflexion c'est la tendance actuelle venant d'outre-atlantique de cette forme de peinture de la réalité que l'on pourrait « cataloguer » de photographique. Tout ce qui vient d'Amérique n'est pas forcément à suivre et pourtant les peintres espagnols et déjà certains français sont contaminés.

On dirait une photo ! voilà peut-être la réflexion que j'ai entendue le plus souvent venant des spectateurs de ma peinture, compliment maladroit mais suprême pour eux, devant la précision de la touche.

Mais attention, pour le peintre de la réalité que je suis, rappel à l'ordre de Brassaï :

« La photographie, c'est la conscience même de la peinture.
Elle lui rappelle sans cesse ce qu'elle ne doit pas faire.
Que la peinture prenne donc ses responsabilités ! »
( Extraits de l'Intransigeant - 15 novembre 1932)

Malheureusement, grâce à l'apport technique de la photographie, et surtout de ses outils et véhicules, je pense à l'écran d'ordinateur jusqu'à l'épiscope qui permet de projeter sur la toile le document que l'on souhaite reproduire, certains peintres se sont détournés progressivement, peut-être sans y prendre garde eux-mêmes, du but premier de la peinture ( voir de l'art en général ) qui, comme le disait Paul Klee :
« l'art ne rend pas le visible, il rend visible »


Nous ne devons pas, nous praticiens picturaux de la réalité, la reproduire, tel que le pourrait la photographie. A nous d'y apporter cette mise en scène des acteurs du tableau, ce sens de la mise en lumière de ceux-ci, à nous de nous comporter en auteur, à nous de raconter une histoire.

J'appelle mes natures mortes, mes « conversations silencieuses », en voici la raison : les objets que je peins ne sont pas placés sans raison dans mes compositions, les      « conversations » qui s'élaborent concourent à tracer un fil rouge entre eux, ce que j'appelle un tracé régulateur, qui conduit l'œil du spectateur d'un objet à l'autre grâce au concours d'une lumière, d'une ombre portée, d'une ligne qui se trace de point en point dans la toile, ligne qui conduit le regard de ce spectateur à rester dans la toile.


Quand je regarde les œuvres de certains de mes collègues peintres, ceux que beaucoup de connaisseurs placent au firmament de cette peinture dite de la « réalité », je ressens un malaise, car je ne sais plus si cela est une toile ou une photo. Aucune mise en scène, pas de composition, des objets placés comme si on avait renversé sur la table le panier du marché, un rendu tellement proche de la réalité, une technique qui ne laisse plus aucune place aux traces du pinceau, un support tellement lisse qu'il ne laisse même plus sa place à la trame de la toile.


J'aime quand on voit encore que c'est une « toile. » et même si j'attribue à la toile le droit d'être un roman pictural je soutien Georges Braque quand il dit :

« La peinture est de plus en plus proche de la poésie, maintenant que la photographie l'a libérée du besoin de raconter une histoire. »
( Extrait d'une lettre à Guillaume Apollinaire
)

 

vendredi 11 février 2011 10:18



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